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1er Bulletin 2007
Les étapes de la Méditation
Nous avons étudié
brièvement les objectifs que nous avons en vue lorsque nous
cherchons à réorienter l'intellect vers l'âme
et que, par l'union ainsi effectuée, nous entrons en communication
avec le monde supérieur.
Nous cherchons à utiliser l'équipement dont une longue
série d'expériences de la vie nous a pourvue et, soit
que nous entreprenions le travail du point de vue du dévot
mystique, ou du point de vue de l'aspirant intellectuel, certaines
conditions fondamentales doivent être remplies, avant de procéder
aux exercices. Les paroles du Révèrent R. J. Campbell
résument notre histoire et définissent notre tâche.
Il dit :
"Dans le dessein de réaliser la nature du Soi, nous
avons dû sortir de la demeure éternelle de Dieu, afin
de lutter et de souffrir dans l'illusion du temps et des sens. Nous
avons à vaincre, avant de pénétrer dans l'éternelle
vérité qui gît au-delà de toutes les
apparences. Nous avons à maîtriser la chair et à
magnifier l'esprit, à mépriser le monde pour le sauver
et à perdre la vie pour la trouver."
Maintenant, considérons la situation et la méthode
à laquelle nous devons nous soumettre si nous voulons atteindre
le but. Il suffit de mentionner les conditions préliminaires,
car elles sont universellement reconnues et sont partiellement remplies
par tout débutant, sinon il n'entrerait pas dans cette phase
particulière de la séculaire poursuite de la vérité.
Nous sommes conscients d'une dualité en nous et d'un état
de guerre entre les deux aspects qui nous constituent. Nous sommes
profondément mécontents de la vie physique dans son
ensemble et de notre incapacité de saisir et de comprendre
la divine Réalité qui existe, espérons-nous.
Elle demeure pour nous un élément de foi et nous voulons
la certitude. La vie des sens ne semble pas nous porter assez loin
sur le chemin conduisant au but. Nous menons une existence mouvante,
parfois portés par nos plus hauts désirs jusqu'à
un sommet merveilleux où nous demeurons le temps d'une vision
de beauté et puis, nous sommes précipités dans
l'abîme de notre entourage quotidien, de notre nature animale
et du monde chaotique dans lequel notre destinée nous a placés.
Nous pressentons une certitude qui toujours nous échappe
; nous luttons pour un but qui semble hors de nous-mêmes et
qui se dérobe à nos efforts les plus frénétiques
; nous combattons dans l'angoisse afin de parvenir à une
réalisation que les Saints et les Connaisseurs de la race
ont continuellement attestée. Si notre volonté est
assez forte, notre détermination persévérante
et indomptable, si les anciennes règles et les formules sont
comprises, nous pouvons aborder notre problème sous un angle
nouveau et utiliser notre acquis mental, au lieu de la demande émotionnelle
et du désir fiévreux.
Cependant, l'activité du coeur a sa place et Patanjali,
dans ses Aphorismes, qui ont guidé par centaines les Connaisseurs,
dit :
"Les pratiques qui suscitent l'union avec l'âme sont,
premièrement, l'aspiration ardente, puis la lecture avec
l'esprit et finalement la complète obéissance au Maître."
Le mot "aspiration" vient du latin "ad" et
"spirare" respirer, aspirer à, ainsi que l'explique
Webster, dans son dictionnaire. Le mot "esprit" vient
de la même racine. L'aspiration doit précéder
l'inspiration. Il doit y avoir une expiration de la part du soi
inférieur avant qu'il puisse y avoir une aspiration de la
part du principe supérieur. Du point de vue mystique oriental,
l'aspiration implique l'idée de feu. Elle dénote un
désir brûlant et une détermination ardente qui
apporteront finalement trois choses à l'aspirant. Cela projettera
une lumière violente sur ses problèmes et constituera
la fournaise purificatrice dans laquelle le soi inférieur
doit descendre, afin que toutes les scories soient consumées
et détruites ainsi que tous les obstacles qui pourraient
le retenir. La même idée de feu se trouve dans tous
les livres sur le mysticisme chrétien, et beaucoup de passages
de la Bible, d'une nature similaire, nous viennent à l'esprit.
L'acceptation de "porter la croix", "d'entrer dans
le feu", de "mourir chaque jour" (peu importe quel
symbolisme est employé) constitue la caractéristique
du véritable aspirant et, avant que nous puissions nous engager
sur le chemin de la méditation, et, par-là, sur les
traces des innombrables Fils de Dieu qui nous ont précédés,
nous devons mesurer la profondeur et la hauteur de l'entreprise
et rassembler nos forces pour l'ascension ardue. Nous devons dire
avec J. C. Earle :
"Je passe le vallon. J'affronte la pente.
Je porte la croix : la croix me porte.
La lumière m'emmène à la lumière. Je
pleure
De joie à ce que j'espère voir
Lorsque, enfin arpentée la hauteur escarpée,
Pour chaque pas péniblement franchi,
Je traverse des mondes et des mondes de lumière
Et perce quelque profondeur plus profonde de Dieu."
Nous partons avec une compréhension émotionnelle
de notre but, et, de là, passant à travers le feu
de la discipline, nous atteignons les hauteurs de la certitude intellectuelle.
Ceci nous est magnifiquement décrit dans la Bible, dans l'histoire
de Shadrach, Meshach et Abednego. Nous lisons qu'ils avaient été
précipités dans une fournaise ardente et cependant
le résultat de cette apparente tragédie est la libération,
au milieu d'eux, de la forme d'une quatrième entité
dont l'apparence était celle d'un Fils de Dieu.
Ces trois amis sont les symboles de l'homme inférieur triple.
Le nom "Meshach" signifie "agile", une faculté
de l'intellect discriminateur, le corps mental. Shadrach, signifie
"qui se réjouit dans la voie", et décrit
la transmutation du corps émotionnel et la réorientation
du désir vers le Sentier, Abednego signifie "un serviteur
du Soleil" et ainsi ressort le fait que la seule fonction du
corps physique est d'être le serviteur du Fils (le Soleil),
de l'Ego ou âme. (Voyez Daniel, III, 23-24.)
Il n'y a aucun moyen d'échapper à la fournaise, mais
la récompense est proportionnée à l'épreuve.
La signification de la seconde condition "lire avec l'esprit"
doit être aussi comprise. Le mot "lire" est d'une
origine très obscure et les philologues croient pouvoir l'attribuer
à deux mots : l'un latin reri penser, l'autre sanscrit radh,
réussir à. Peut-être les deux idées sont-elles
permises car il est certainement vrai que l'homme qui pense avec
le plus de succès et qui peut contrôler et utiliser
son appareil de pensée est l'homme qui peut réussir
le plus facilement à maîtriser la technique de la méditation.
La prière est à la portée de tous. La méditation
n'est possible que pour l'homme mentalement polarisé et ceci
est un point sur lequel il convient d'insister car il rencontre
fréquemment une vive opposition. Quiconque accepte de se
soumettre à une discipline, et à transmuer ses émotions
en dévotion spirituelle, peut devenir un saint et nombreux
sont ceux qui s'y résolvent.
Mais, tous les hommes ne peuvent encore être des connaisseurs,
car cela implique, outre les accomplissements du saint, l'utilisation
de l'intellect et le pouvoir d'atteindre par la pensée à
la connaissance et à la compréhension. Celui-là
réussit qui pense et peut utiliser le sixième sens,
le mental, pour l'obtention de certains résultats spécifiques.
En résumé, trois idées fondamentales ressortent
: parvenir au succès au moyen de l'intellect, réaliser
la perfection, prendre conseil et utiliser tous les moyens d'information
afin d'acquérir la connaissance.
Ceci est fondamentalement ce qu'entend Patanjali quand il emploie
l'expression traduite par "lire avec l'esprit". En réalité
cela signifie lire avec les yeux de l'âme, avec la vision
intérieure, prompte à découvrir ce qui est
cherché. Il est entendu que toutes les formes sont les symboles
d'une réalité intérieure ou spirituelle et
que lire avec l'esprit suppose le développement de la faculté
de "lire" ou voir l'aspect vie que voile et cache la forme
extérieure. Ceci s'applique tant à la forme humaine
qu'à toute autre forme dans la nature ; toutes les formes
voilent une pensée, une idée divine, ou une vérité
et sont la manifestation tangible d'un concept divin.
Quand un homme sait cela, il commence à lire avec l'esprit,
il voit au-delà de la surface et ainsi entre en contact avec
l'idée qui a donné naissance à la forme. Comme
il s'exerce à considérer les choses sous cet angle,
il parvient graduellement à la connaissance de la vérité
et n'est plus trompé par les aspects illusoires de la forme.
Cela, dans son application la plus pratique, conduit l'homme à
nier l'aspect forme qu'assume son frère et à se comporter
envers lui sur la base de la divine réalité cachée.
Ceci n'est point aisé, mais il est possible d'y parvenir,
en s'entraînant à lire avec l'esprit.
La troisième condition requise est l'obéissance au
Maître. Ceci n'est pas une attention servile aux ordres de
quelque Maître supposé, fonctionnant mystérieusement
derrière la scène, comme tant d'écoles ésotériques
le prétendent. C'est beaucoup plus simple. Le Maître
réel réclamant notre attention et notre obéissance
est le Maître dans le coeur, l'âme, le Christ intérieur.
Ce Maître fait d'abord sentir Sa présence par la "petite
voix tranquille" de la conscience, nous incitant à une
vie plus haute et moins égoïste, et nous avertissant
aussitôt que nous nous écartons de la voie droite.
Plus tard, cela est connu comme la "Voix du Silence",
la parole venue du "Verbe Incarné" qui est nous-mêmes.
Chacun de nous est un Verbe fait chair. Nous appelons cela, plus
tard encore, l'Intuition éveillée. Celui qui étudie
la méditation apprend à discerner avec exactitude
entre ces trois expressions du Maître. En conséquence,
cela exige de la part de l'étudiant – et coûte
que coûte – une obéissance implicite, immédiate
aux impulsions les plus hautes qu'il puisse enregistrer en tout
temps.
Quand cette obéissance est effective, elle suscite de la
part de l'âme un déversement de lumière et de
connaissance. Le Christ y fait allusion dans ces paroles : "Si
quelqu'un veut faire la volonté de Dieu, il saura..."
(Jean, VII, 17.)
Ces trois facteurs, l'obéissance, la recherche de la vérité
en toute forme et une aspiration ardente à la libération,
sont les trois parties du stade de l'étudiant et doivent
précéder la méditation. Elles peuvent n'être
pas exprimées dans leur plénitude et leur perfection,
mais elles doivent être incorporées à la vie
en tant que règles de conduite efficaces. Elles mènent
au détachement, une qualité sur laquelle l'Orient
et l'Occident insistent.
C'est la libération de l'âme, délivrée
de l'esclavage de la vie, de la forme et la subordination de la
personnalité aux impulsions supérieures. Le Père
Maréchal exprime de la façon suivante, l'intention
chrétienne à ce sujet :
"Que signifie ce détachement du soi ?
D'abord et clairement, c'est le détachement de l'Ego inférieur
et sensible – c'est-à-dire la subordination habituelle
du charnel au spirituel, la coordination de la multiplicité
inférieure sous une unité supérieure. Et puis,
c'est le détachement de "l'Ego vainement glorieux",
l'Ego dispersé et capricieux, le jouet des circonstances
extérieures, l'esclave de l'opinion fluctuante. La continuité
de la vie intérieure ne pourrait s'accommoder d'une unité
si fluctuante. Par-dessus tout, c'est le détachement de "l'Ego
orgueilleux". Nous devons avoir une compréhension exacte
de cela, car l'humilité est justement considérée
comme l'une des notes caractéristiques de l'ascétisme
et du mysticisme chrétien."
Ici, on insiste sur la subordination de la vie physique, émotive
et mentale, au divin projet de réaliser l'unité, car
le caprice est la qualité de l'appareil sensoriel et l'orgueil,
celle de l'intellect. Le processus de la méditation est divisé
en cinq étapes, chacune conduisant successivement à
la suivante.
Nous les étudierons tour à tour, car leur maîtrise
nous permettra de suivre l'homme spirituel et conscient, dans sa
montée régulière, du domaine du sentiment à
celui du savoir et de l'illumination intuitive. Ces cinq étapes
pourraient être énumérées comme suit
:
1. La Concentration – L'acte par lequel nous concentrons
notre intellect et ainsi apprenons à en faire usage ;
2. La Méditation – La concentration prolongée
de l'attention, dans toute direction donnée ; la fixation
persistante du mental sur une idée déterminée
;
3. La Contemplation – Une activité de l'âme,
détachée du mental qui est maintenu à l'état
quiescent ;
4. L'illumination – Le résultat des trois étapes
précédentes, impliquant l'apport à la conscience
cérébrale du savoir acquis ;
5. L'inspiration – Le résultat de l'illumination, tel
qu'il se manifeste dans une vie de service.
Ces cinq étapes conduisent à l'union et à
la connaissance directe de la Divinité. Pour la majorité
de ceux qui entreprennent l'étude de la méditation,
l'étape à envisager pour une durée prolongée,
et pratiquement à l'exclusion de toutes les autres, est celle
de la concentration, de l'acquisition du contrôle des processus
mentaux. Il est à présumer que, dans une certaine
mesure, ils possèdent l'aspiration, sinon, ils ne désireraient
pas méditer. Signalons, cependant, que l'aspiration n'est
d'aucune utilité, si elle n'est soutenue par une volonté
forte et accompagnée d'une endurance et d'une persévérance
à toute épreuve.
Tiré du livre « De l’intellect à l’Intuition
» de Alice A. Bailey.
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