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1er Bulletin 2009
Conscience de l'Atome - Prenière conférence : Le
champs de l'Évolution
Aucune autre période,
dans l'histoire de la pensée, n'a ressemblé tout à
fait à la nôtre. Les penseurs du monde entier ont pris
conscience de deux choses : d'abord, que la région du mystère
n'a jamais été aussi clairement circonscrite qu'aujourd'hui
; ensuite que l'on peut y pénétrer plus facilement
qu'autrefois. Elle peut donc, en conséquence, être
amenée à nous livrer certains de ses secrets, si toutes
les écoles poursuivent leurs recherches avec ténacité.
Les problèmes qui nous affrontent, lorsque nous étudions
les faits connus de la vie et de l'existence, peuvent être
plus clairement définis qu'à aucune autre époque,
et bien que nous ne possédions pas la réponse à
nos questions, bien que nous n'ayons pas encore découvert
la solution de nos problèmes, bien qu'aucune panacée
ne se trouve à portée de notre main pour guérir
les maux du monde, le seul fait, cependant, de pouvoir les définir,
de pouvoir montrer du doigt la direction dans laquelle se trouve
le mystère, et de savoir que la lumière de la science,
de la religion et de la philosophie a été répandue
sur d'immenses domaines considérés jadis comme des
terres enveloppées de mystère, est une garantie de
succès pour l'avenir. Nous savons infiniment plus de choses
qu'il y a cinq cents ans – exception faite de quelques rares
cercles de sages et de mystiques ; nous avons découvert un
grand nombre de lois de la nature, bien que nous ne puissions encore
les appliquer, de sorte que la connaissance des "choses telles
qu'elles sont" (je choisis intentionnellement ces mots), a
progressé à pas de géant.
Cependant, la terre du mystère demeure encore en friche,
et les problèmes qui se posent à nous sont encore
nombreux. Il y a le problème de notre vie individuelle –
quelque soit le sens que l'on donne à ce mot ; il y a le
problème de ce qu'on appelle, d'une façon générale,
le "non-soi", et qui concerne notre corps physique, notre
entourage, et nos conditions d'existence ; si nous possédons
une tendance à l'introspection, nous nous heurterons aussi
au problème de notre ambiance émotive personnelle,
c'est-à-dire aux pensées, aux désirs et aux
instincts grâce auxquels nous contrôlons l'action. Les
problèmes du groupe sont également nombreux.
Pourquoi le monde dans son ensemble, doit-il être la proie
du dénuement, de la maladie, de la douleur ? Quel est le
dessein qui se cache derrière tout ce que nous voyons autour
de nous, et quel sera le dénouement des affaires mondiales,
considérées dans leur ensemble ? Quelle est la destinée
du genre humain, quelle est son origine, et comment expliquer sa
condition actuelle ? Existe-t-il autre chose que cette vie-ci, ou
n'y a-t-il rien qui mérite notre intérêt, en
dehors du monde visible et matériel ? Ces questions hantent
l'esprit de tous les penseurs, à travers les siècles.
Bien des tentatives ont été faites, déjà,
pour répondre à ces questions ; en les étudiant
de plus près, nous remarquons que les réponses se
répartissent en trois catégories et que trois solutions
principales sont proposées à notre examen. Ce sont
les suivantes :
D'abord, le Réalisme. Cette école porte aussi un autre
nom : c'est le matérialisme. Elle enseigne "que le monde
extérieur, tel qu'il se projette dans notre conscience, est
vrai" ; que les choses sont ce qu'elles semblent être
; que la matière et la force, telles que nous les connaissons,
sont la seule réalité, et qu'il est impossible pour
l'homme d'aller au-delà de ce qui est tangible. Il doit donc
se contenter des faits tels qu'il les connaît, ou tels que
la science les lui décrit. Cette méthode de raisonnement
est parfaitement légitime mais, pour certains d'entre nous,
elle est insuffisante en ce sens qu'elle ne va pas assez loin. En
refusant de s'occuper de quoi que ce soit qui ne puisse être
éprouvé et démontré, elle s'arrête
au moment précis où le chercheur dit : "C'est
ainsi, mais pourquoi ?". Elle néglige bien des choses
connues et considérées comme étant la vérité
par l'homme moyen, bien qu'il soit peut-être incapable de
dire pourquoi il les considère comme vraies. Partout les
hommes rendent hommage à l'exactitude objective de l'école
réaliste et de la science matérialiste, mais en même
temps ils sentent d'une façon instinctive qu'il existe, au-dessous
de la manifestation démontrable, une force vitale et un dessein
cohérent qui ne peuvent être démontrés
par les seules lois de la matière.
Deuxièmement, il y a le point de vue auquel convient le
mieux, peut-être, le nom de surnaturalisme. L'homme est en
train de s'apercevoir que les choses ne sont pas exactement ce qu'elles
semblent être et que beaucoup d'entre elles demeurent inexplicables.
Il commence à se rendre compte que lui-même n'est pas
un simple agrégat d'atomes physiques, un je ne sais quoi
de purement matériel et un corps tangible, mais qu'il existe
en lui, à l'état latent, une conscience, une puissance,
et une nature psychique qui le relie non seulement à tous
les autres membres de la famille humaine, mais encore à une
puissance extérieure à lui-même qu'il doit à
tout prix expliquer. C'est ce qui a conduit, par exemple, à
l'évolution du point de vue Chrétien et Juif qui postule
un Dieu situé en dehors du système solaire, Qui le
créa, tout en lui étant Lui-même extérieur.
Ces systèmes de pensée nous enseignent que le monde
a été façonné par une Puissance ou un
Etre Qui a construit le système solaire, et Qui guide les
mondes, gardant notre frêle vie humaine dans le creux de Sa
main, et Qui "ordonne avec amour" toutes choses, en vue
de quelque fin cachée que nos esprits bornés ne peuvent
ni entrevoir, ni à plus forte raison, comprendre. Ceci est
le point de vue religieux et surnaturaliste. Il est basé
sur la conscience croissante que l'individu prend de lui-même,
et sur la reconnaissance de sa propre divinité. Comme le
point de vue de l'école réaliste, il n'incarne qu'une
vérité partielle et a besoin d'être complété.
La troisième ligne de pensée pourrait être
appelée idéaliste. Celle-ci postule la présence
d'un processus d'évolution à l'intérieur de
toute manifestation et identifie la vie avec le processus cosmique.
Il est exactement à l'opposé du matérialisme
et place la déité surnaturelle, prêchée
par le penseur religieux, dans la position d'une Entité ou
Vie Qui évolue à travers et par le moyen de l'univers,
de même que l'homme est de la conscience évoluant par
l'entremise d'un corps physique objectif.
Dans ces trois points de vue – matérialiste, surnaturaliste
et idéaliste – vous avez les trois axes principaux
de la pensée, tels qu'ils ont été mis en avant
pour expliquer le processus cosmique ; tous trois représentent
des vérités partielles ; tous trois, suivis isolément,
mènent à l'impasse et aux ténèbres et
laissent le mystère central irrésolu. Synthétisés,
rapprochés et mélangés, fondus enfin en un
tout harmonieux, ils incorporent peut-être (je n'avance ceci
qu'à titre d'hypothèse) tout ce qu'un esprit humain
peut saisir de la vérité évolutionnaire, au
stade d'évolution où nous sommes parvenus.
Nous abordons ici de vastes problèmes et nous touchons peut-
être à des choses élevées et sublimes.
Nous faisons effraction dans des régions qui sont le domaine
réservé de la métaphysique ; et nous nous efforçons
de condenser, en quelques brefs entretiens le contenu de toutes
les bibliothèques du monde ; nous sommes donc en train de
tenter l'impossible. Tout ce que nous puissions faire consiste à
examiner brièvement et d'une façon cursive, d'abord,
un aspect de la vérité, puis un autre. Tout ce que
nous puissions accomplir, c'est tracer le schéma des lignes
fondamentales de l'évolution, étudier leurs rapports
mutuels et leurs relations vis-à-vis de nous-mêmes
en tant qu'entités conscientes ; et tenter enfin de fusionner
et de synthétiser le peu que nous savons, en attendant qu'une
idée générale du processus, considéré
dans son ensemble, se dégage et s'éclaire.
Chaque fois que nous énonçons une vérité,
nous devons toujours nous rappeler que ce que nous avançons
procède d'un point de vue particulier. Qu'est-ce que la vérité
? Jusqu'à ce que nous ayons développé nos facultés
mentales au point de pouvoir penser indifféremment en termes
abstraits ou concrets, il nous sera impossible de répondre
à cette question, ni même d'exprimer aucun aspect de
la vérité sans lui faire subir une déformation
grave. Certains ont un horizon plus large que d'autres, et certains
peuvent voir l'unité qui se cache derrière les aspects
dissemblables. D'autres sont enclins à croire que leurs vues
et leurs interprétations sont les seules valables. J'espère
élargir tant soit peu ce point de vue au cours de ces entretiens.
J'espère aussi arriver à faire comprendre que l'homme
qui ne s'intéresse qu'à l'aspect scientifique des
problèmes, et qui se confine aux manifestations purement
matérielles, se consacre tout autant à l'étude
du divin que son frère purement religieux qui ne se préoccupe
que du côté spirituel ; et que le philosophe, en fin
de compte, travaille à mettre en évidence la signification
profonde de l'intelligence qui sert de lien entre les aspects matériel
et spirituel et les fond en un tout cohérent. Peut-être,
par l'union des trois lignes de la science, de la religion et de
la philosophie, pourrons nous parvenir à acquérir
une connaissance pratique de la vérité telle qu'elle
est, sans oublier, en même temps, que "la vérité
est en nous". L'expression de la vérité énoncée
par un seul homme n'est jamais son expression totale, et le seul
objet de la pensée est de nous permettre de travailler sur
le plan mental, d'une façon constructive pour nous-mêmes.
Je voudrais, ce soir, vous exposer mon plan d'ensemble, poser les
fondements de nos futurs entretiens, et aborder les lignes principales
de l'évolution. La ligne la plus apparente est, nécessairement,
celle qui traite de l'évolution de la substance, avec l'étude
de l'atome et de la nature de la matière atomique. Ce sera
l'objet de notre prochain entretien. La science a beaucoup à
nous apprendre sur l'évolution de l'atome, elle s'est considérablement
éloignée, depuis cinquante ans, du point de vue adopté
au cours du siècle dernier. Au XIX ème siècle,
l'atome a été considéré comme une unité
indivisible de la substance ; maintenant, on y voit un centre d'énergie,
une force électrique. L'évolution de la substance
nous conduira tout naturellement à l'évolution des
formes, ou agrégats d'atomes, et alors s'ouvrira à
notre regard l'étude passionnante des formes autres que celles
ayant un caractère purement matériel – des formes
faites d'une substance plus subtile, telles que les formes de la
pensée, des races et des organisations. Dans cette double
étude, nous mettrons en évidence une des formes de
la déité que vous pourrez appeler, à votre
choix, soit la "déité" elle-même,
soit l'une des manifestations de la nature, si vous préférez
cette expression moins sectaire.
Nous serons alors amenés à considérer l'évolution
de l'intelligence, ou du facteur de l'esprit qui travaille en tant
que dessein ordonné dans tout ce que nous voyons autour de
nous. Ceci nous révélera un monde qui ne suit pas
aveuglément son chemin, mais derrière lequel on décèle
un plan, un schéma coordonné, un concept organisé
en train de se réaliser à travers la forme matérielle.
Une des raisons pour lesquelles les choses nous paraissent si difficiles
à comprendre provient de ce que nous sommes au milieu d'une
période de transition, et que le plan, en tant que tel, est
encore imparfait ; nous sommes encore trop près du mécanisme
et faisons nous-mêmes partie du tout. Nous en apercevons tantôt
une partie tantôt une autre, mais la grandeur majestueuse
de l'idée ne nous est pas totalement visible. Nous pouvons
avoir une vision, nous pouvons avoir un moment de suprême
révélation mais, quand nous entrons en contact avec
la réalité, nous nous demandons s'il est possible
que l'idéal se matérialise, tant la forme tangible
et la force qui utilise cette forme semblent mal ajustées
et privées de toute relation intelligente.
La reconnaissance du facteur de l'intelligence nous mènera
inévitablement à la contemplation de l'évolution
de la conscience sous ses formes innombrables, en partant des types
de conscience que nous considérons comme sub-humains, pour
aboutir, à travers l'humain, à cette conscience surhumaine
qui, bien qu'indémontrable, peut être logiquement postulée.
La question qui se posera alors sera la suivante : qu'y a-t-il derrière
tous ces facteurs ? Y a-t-il, derrière la forme objective
et l'intelligence qui l'anime, une évolution qui corresponde
à la faculté du "moi", à l' "Ego"
humain ? Y a-t-il, dans la nature et dans tout ce qui nous entoure,
le dessein d'un Etre individualisé et conscient ? Si un tel
Etre, une telle existence fondamentale existe, nous devrions pouvoir
déceler quelque trace de Ses activités intelligentes
et observer la maturation de Ses plans. Même si nous ne pouvons
prouver l'existence de Dieu, et même si nous ne pouvons affirmer
que la Déité existe, il est au moins possible de dire
que l'hypothèse de son existence est une hypothèse
raisonnable, une suggestion rationnelle, et la solution possible
de tous les mystères que nous voyons autour de nous. Mais,
pour pouvoir le faire, il nous faut démontrer qu'il existe
un dessein intelligent travaillant à travers des formes de
toutes sortes, à travers les races et les nations, à
travers toutes les manifestations visibles de la civilisation moderne
; il nous faudra démontrer les démarches de ce dessein
et la croissance de ce plan, et cette démonstration nous
aidera peut-être à voir ce qui nous attend dans les
stades futurs.
Considérons un instant ce que signifient ces mots : "le
processus évolutionnaire" : Ce sont là des termes
que l'on emploie couramment et l'homme moyen sait parfaitement que
le mot "évolution" suggère un déploiement
du dedans vers le dehors, un déroulement qui part d'un centre
intérieur, mais il nous faut définir cette idée
plus clairement afin d'en obtenir une conception plus juste. Une
des meilleures définitions que j'ai rencontrée décrit
l'évolution comme "le déploiement d'un pouvoir
de réponse toujours croissant". Nous avons ici une définition
des plus lumineuses, si nous considérons l'aspect matériel
des choses. Elle inclut la conception de la vibration et de la réponse
à cette vibration ; et, bien qu'il nous faille écarter
plus tard le terme de matière pour employer une image plus
suggestive comme celle de "centre de force", par exemple,
le concept n'en subsiste pas moins, car la réponse de ce
centre à la stimulation extérieure n'en est que plus
visible encore. Cette même définition conserve toute
sa valeur lorsque nous l'appliquons à la conscience humaine.
Elle inclut l'idée d'une compréhension toujours croissante,
du développement de la réponse de la vie subjective
à son milieu ambiant, et elle nous conduit, toujours en montant,
vers l'Idéal d'une Existence unifiée formant la synthèse
de toutes les lignes de l'évolution et à la conception
d'une Vie centrale, ou force, qui fond et lie ensemble toutes les
unités évoluantes, que ce soit des unités de
matière comme l'atome du chimiste et du physicien, ou des
unités de conscience comme les êtres humains. Telle
est l'évolution, le processus qui déploie la vie à
l'intérieur de toutes ses unités, la poussée
développante qui finit par fondre toutes les unités
et tous les groupes, jusqu'à ce que l'on parvienne à
cette somme totale des manifestations que l'on peut appeler la Nature,
ou Dieu, et qui est l'agrégat de tous les états de
conscience. Ceci est le Dieu auquel le Chrétien se réfère
lorsqu'il dit :
"Car en lui nous avons la vie, le mouvement et l'être".
Ceci est la force ou énergie qu'admet l'homme de science
; ceci est aussi le mental universel, ou la "grande âme"
du philosophe. Et ceci encore est la Volonté intelligente
qui contrôle, formule, lie, construit, développe et
amène tout à son ultime perfection. Ceci est la Perfection
inhérente à la matière elle-même et la
tendance latente dans l'atome, dans l'homme et dans tout ce qui
est. Cette interprétation du processus de l'évolution
ne considère pas celui-ci comme l'opération d'une
Déité extrinsèque, déversant Son énergie
et Sa sagesse sur un monde inerte et expectant, mais plutôt
comme une chose immanente au monde lui-même, qui gît
cachée au centre de l'atome, au coeur de l'homme, dans la
planète et dans le système solaire.
C'est quelque chose qui mène et pousse tout vers un but,
c'est la force qui fait émerger graduellement l'ordre du
chaos ; le bien, du mal apparent ; la perfection finale, de l'imperfection
temporaire ; et, hors des ténèbres et du désastre,
ce que nous reconnaîtrons un jour comme étant beau,
bon et vrai. C'est tout ce dont nous avons eu la vision et ce que
nous avons conçu à nos heures les meilleures et les
plus élevées.
L'évolution a aussi été définie : "un
développement cyclique", et cette définition
me fait arriver à une pensée que je désire
vous voir comprendre très clairement. La nature se répète
incessamment, jusqu'à ce que certaines fins aient été
atteintes, certains résultats concrets réalisés
et certaines réponses faites à la vibration. C'est
par la reconnaissance de ces choses que nous pouvons démontrer
le dessein intelligent de l'Existence immanente. La méthode
par laquelle ces choses se réalisent est la discrimination,
c'est-à-dire le choix intelligent. Il y a, dans les manuels
des différentes écoles, beaucoup de mots dont on se
sert pour exprimer la même idée générale,
comme la "sélection naturelle", ou "l'attraction
et la répulsion".
Je voudrais, si possible, éviter les termes techniques,
parce qu'une école de pensée s'en sert pour exprimer
une chose, et une autre école, une chose différente.
Si nous pouvions trouver un mot d'une signification semblable, mais
cependant libre de toute attache avec aucune ligne de pensée
précise, nous pourrions jeter une clarté nouvelle
sur le problème qui nous intéresse.
L'attraction et la répulsion dans le système solaire
ne sont que la faculté discriminative de l'atome ou de l'homme
opérant dans les planètes et dans le soleil. On la
trouve dans toutes les espèces d'atomes ; nous pouvons l'appeler
"adaptation", si nous voulons, c'est-à-dire le
pouvoir, dévolu à l'unité, de croître
et de s'adapter à son milieu, par le rejet de certains facteurs
et l'adoption d'autres. Elle se manifeste chez l'homme sous forme
de libre arbitre ou pouvoir de choisir, et chez l'homme spirituel
elle prend l'aspect de la tendance au sacrifice, car l'homme choisit
alors la ligne d'action particulière qui bénéficie
au groupe auquel il appartient et rejette ce qui est purement égoïste.
Nous pourrions, enfin, définir l'évolution comme
étant le changement ordonné et la mutation constante.
Elle se décèle dans l'activité incessante de
l'unité ou de l'atome, par l'action mutuelle des groupes
les uns sur les autres et par le jeu perpétuel d'une force,
ou type d'énergie, avec une autre force.
Nous avons vu que l'évolution, que ce soit celle de la matière,
de l'intelligence, de la conscience ou de l'esprit, consiste en
un pouvoir toujours croissant de réponse à la vibration,
qu'elle progresse par le moyen de changements incessants, par l'application
d'une ligne de conduite sélective, c'est-à-dire par
l'usage de la faculté de discrimination ou par la méthode
du développement cyclique, ou répétition. Les
stades de l'évolution peuvent être ramenés à
trois, et correspondent aux trois âges de la vie humaine :
l'enfance, l'adolescence et l'âge mûr. Là où
il s'agit de l'homme, nous retrouvons la trace de ces stades dans
l'unité humaine ou dans la race et, au fur et à mesure
que les civilisations se développeront, il deviendra sûrement
possible de retrouver la même triple idée dans la famille
humaine, prise dans son ensemble, ce qui permettra d'affirmer l'existence
de l'objectif divin, par l'étude de Son image, ou reflet,
qui est l'HOMME.
Nous pourrions exprimer ces trois stades en termes plus scientifiques,
et les rattacher aux trois écoles de pensée mentionnées
plus haut, en les étudiant sous la forme suivante :
a. Le stade de l'énergie atomique.
b. Le stade de la cohérence du groupe.
c. Le stade de l'existence unifiée, ou synthétique.
Voyons si je puis vous rendre clairement ma pensée. Le stade
de l'énergie atomique est celui qui concerne le côté
matériel de la vie ; il correspond à la période
de l'enfance, dans la vie d'un homme ou d'une race. C'est l'époque
du réalisme et de l'activité intense, du développement
obtenu avant tout par l'action, et de l'intérêt entièrement
centré sur soi-même.
Cette phase engendre le point de vue matérialiste et mène
inévitablement à l'égoïsme. Elle considère
l'atome comme totalement contenu en lui-même et, de même,
elle voit dans l'être humain une entité séparée
n'ayant aucune espèce de relation avec les autres. Ce stade
se manifeste dans les races peu évoluées, dans les
enfants en bas âge et chez les individus peu développés.
Ils sont normalement centrés sur eux-mêmes ; leurs
énergies ne s'intéressent qu'à leur propre
vie ; ils ne se préoccupent que de ce qui est objectif et
tangible et sont caractérisés par un égoïsme
nécessaire qui leur sert de protection. C'est un stade indispensable
au développement et à la perpétuation de la
race.
A cette période égoïste et atomique succède
bientôt une seconde phase : celle de la cohérence du
groupe. Celle-ci comporte la construction de formes et d'espèces
et aboutit à la création de groupements cohérents,
formant eux-mêmes un tout, bien que composés d'un grand
nombre d'individualités et de formes. Cette phase correspond
à l'éveil du sens de la responsabilité chez
l'être humain et à sa reconnaissance de la place qu'il
occupe au sein du groupe. Elle nécessite, chez l'homme, la
capacité de concevoir une vie plus grande que la sienne,
soit qu'il l'appelle Dieu, soit qu'il la considère simplement
comme la vie du groupe à laquelle il appartient en tant qu'unité,
cette grande Identité dont nous formons une partie. Cette
phase correspond à l'école de pensée que nous
appelions surnaturaliste et, avec le temps, une conception plus
vraie et plus large devra lui succéder. Comme nous l'avons
déjà vu, le premier stade atomique se développe
par le moyen de l'égoïsme ; c'est le moment où
la vie de l'atome est centrée sur lui-même (qu'il s'agisse
d'un atome matériel ou d'un atome humain) ; le second stade
accède à la perfection par le sacrifice de l'unité
au bien de la collectivité, et de l'atome au groupe où
il a pris place. Jusqu'ici nous savons encore peu de choses de ce
stade ; il représente un état dont nous avons la vision
et dont nous attendons la venue.
Le troisième stade est encore plongé dans un avenir
lointain et peut être considéré par beaucoup
comme une pure chimère. Mais certains d'entre nous en ont
une vision qui, même irréalisable à présent,
n'en est pas moins accessible, si nos prémisses sont correctes
et nos fondations bien posées. C'est celle de l'existence
unifiée. Il n'y aura pas seulement des unités de conscience
séparées ; il n'y aura pas seulement des atomes différenciés
à l'intérieur de la forme, il n'y aura pas seulement
le groupe composé d'une foule d'identités, mais nous
aurons l'agrégation de toutes les formes, de tous les groupes
et de tous les états de conscience, fondus, unifiés
et synthétisés en un tout parfait. Ce tout, vous pouvez
l'appeler le système solaire, vous pouvez l'appeler la nature,
vous pouvez l'appeler Dieu. Les noms importent peu. Il correspond
à l'âge adulte chez l'homme ; il est analogue à
cette période de maturité et à cette époque
dans la vie d'un homme où il est censé avoir un dessein
arrêté et un travail défini, ainsi qu'un plan
de vie clairement tracé qu'il s'efforce de réaliser
avec l'aide de son intelligence. Au cours de ces entretiens, je
voudrais montrer, si je le puis, que quelque chose de semblable
se passe dans le système solaire, dans la planète,
dans la famille humaine et dans l'atome. Je pense pouvoir prouver
qu'il existe une intelligence sous-jacente à tout ; et que
de la séparation viendra l'union, obtenue par la fusion et
l'amalgame des entités isolées, c'est-à-dire
par la formation des groupes, et que plus tard, de tous ces groupes,
émergera le tout unique, parfait et pleinement conscient,
composé d'une myriade d'entités séparées,
animées par un seul dessein et une seule volonté.
S'il en est ainsi, quelle est la prochaine étape que doivent
accomplir ceux qui comprennent ces choses ? Comment appliquer pratiquement
cet idéal à nos propres vies et fixer notre devoir
immédiat, de sorte que nous puissions participer au plan
et favoriser consciemment sa réalisation ? Nous avons notre
part minuscule à jouer dans le processus cosmique, et chaque
jour devrait voir chacun d'entre nous en train de l'accomplir avec
une intelligente compréhension.
Notre premier but devrait être, assurément, de nous
réaliser nous-mêmes par l'usage de la discrimination
; nous devons apprendre à penser clairement par nous-mêmes,
à formuler nos propres idées et à devenir maîtres
de nos processus mentaux ; nous devons apprendre à savoir
ce que nous pensons et pourquoi nous le pensons, afin de découvrir
le sens de la conscience du groupe, à travers l'étude
de la loi du sacrifice. Non seulement nous devons nous trouver nous-mêmes
à travers le stade enfantin de l'égoïsme (et
sûrement nous avons déjà dépassé
ce stade), non seulement nous devons apprendre à distinguer
le réel de l'irréel, par l'usage de la discrimination,
mais nous devons, en outre, nous efforcer de passer de ce stade
à un niveau plus élevé. Pour nous, le but immédiat
doit consister à découvrir le groupe auquel nous appartenons.
Nous ne faisons pas partie de tous les groupes et nous ne pouvons
pas nous rendre clairement compte de notre place dans le grand Corps
unique, mais nous pouvons trouver un groupe où nous ayons
une place, un corps d'êtres avec lesquels nous puissions coopérer,
un frère ou des frères que nous puissions secourir
et assister.
Ceci exige déjà la vision consciente du contact et
de la fraternité idéale et – jusqu'à
ce que nous soyons suffisamment évolués pour atteindre
le stade où notre concept deviendra universel – ceci
veut dire qu'il nous faut trouver le groupe particulier de frères
que nous puissions aimer et aider par le moyen de la loi du sacrifice
et par la transmutation de l'égoïsme en service désintéressé.
Nous pourrons, par ce moyen, coopérer au plan général
et participer consciemment à la mission du groupe.
Extrait de « La Conscience de l’Atome
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