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3eme Bulletin 2009

Le problème du Capital Travail et Emploie - Travail

      Considérons maintenant le groupe opposé, celui du travail.

Le mot "opposé" est délibérément choisi, car la situation justifie ce terme. Un groupe puissant, représentant le système capitaliste national et international, et un groupe également puissant de syndicats ouvriers avec leurs chefs, se trouvent aujourd'hui face à face. Tous deux sont à l'échelle nationale et internationale. Il reste à voir lequel des deux contrôlera finalement la planète, ou si un troisième groupe, fait d'idéalistes pratiques ne surgira pas pour prendre la situation en mains. L'intérêt des travailleurs spirituels du monde actuel ne va pas au capital, ni même au travail, tel qu'il agit actuellement. Il est du côté de l'humanité.

Pendant des milliers d'années, s'il faut en croire l'histoire, les riches propriétaires terriens, les chefs héréditaires de tribus, les seigneurs féodaux, les maîtres d'esclaves, les marchands ou les chefs d'entreprises ont détenu le pouvoir. Ils ont exploité le pauvre, ils ont cherché à obtenir le rendement maximum au coût le plus réduit. L'histoire n'est pas nouvelle. Au moyen âge, les ouvriers exploités, les artisans qualifiés et les bâtisseurs
de cathédrales commencèrent à former des guildes et des loges pour leur protection mutuelle, pour discuter en commun et, fréquemment, pour encourager un type supérieur d'habileté artisanale. Ces groupes augmentèrent leur influence au cours des siècles, pourtant la situation de l'homme, de la femme ou de l'enfant employé demeurait déplorable.

L'invention des machines et l'inauguration de l'ère mécanique, au cours des XVIIIème et XIXème siècles, rendit tout à fait mauvaise la condition des éléments laborieux de la population. Leurs conditions d'existence sans hygiène étaient abominables et compromettaient la santé, par suite du développement des taudis urbains autour des usines. Il en est encore ainsi, comme en témoigne le problème des logements ouvriers, de l'armement pendant la guerre et la situation existante dans les régions minières, aux Etats-Unis comme en Grande-Bretagne. L'exploitation des enfants s'accrut, celle des pauvres était florissante. Le capitaliste moderne s'annonçait et l'énorme différence entre la grande fortune et la grande misère, devint la caractéristique de l'ère victorienne. Du point de vue du plan de l'évolution et du développement spirituel de la famille humaine, menant à une existence civilisée et cultivée, à l'équité, à des chances égales pour tous, rien n'eût pu être pire. L'égoïsme commercial et un féroce mécontentement en découlèrent. Les grosses fortunes faisaient étalage de leurs richesses aux yeux des misérables, en l'accompagnant d'un paternalisme dédaigneux. L'esprit révolutionnaire croissait parmi les masses, surmenées et parquées comme des troupeaux, dont les efforts contribuaient à la fortune des classes possédantes.

Le principe spirituel de la Liberté s'affirma de plus en plus en exigeant sa réalisation. Les conditions mondiales allaient dans la même direction. Des mouvements de tous genres devinrent possibles, qui révélaient ce développement et l'exigence de la liberté. L'âge des machines fut suivi de l'âge des communications rapides, de l'électricité, des chemins de fer, de l'automobile, et de l'avion. Parallèlement se développaient le télégraphe, le téléphone, la radio, et aujourd'hui le radar. Tout cela convergeait vers l'ère scientifique actuelle qui nous a donné la libération de l'énergie atomique et les potentialités inhérentes à cette découverte. Quoiqu'une machine exécute l'ouvrage de plusieurs hommes, ce qui a grandement contribué à l'enrichissement du capitaliste, les industries nouvelles et le développement des moyens de distribution à l'échelle mondiale ont fourni de nouvelles possibilités d'emploi, et les exigences de la période la plus matérialiste que le monde ait jamais connue, a donné un grand élan au capital, tout en assurant du travail à d'innombrables millions. Les possibilités de s'instruire se sont aussi accrues, ce qui a poussé les classes laborieuses à demander de meilleures conditions d'existence, des salaires plus élevés, et plus de loisirs. Les employeurs ont constamment combattu ces aspirations et se sont organisés contre les réclamations des masses qui se réveillaient. Ils ont ainsi forcé les travailleurs à l'action.

Des groupes d'hommes éclairés, en Europe, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis menèrent l'agitation, écrivirent des ouvrages qui, largement répandus, causèrent des discussions et poussèrent les classes aisées à prendre conscience de la situation et des effroyables conditions d'existence des classes laborieuses et des paysans. Les abolitionnistes luttèrent contre l'esclavage, celui des Noirs, comme celui des Blancs, des enfants ou des adultes. Une presse libre se développa rapidement et se mit à informer les couches "inférieures" de la population de ce qui se passait. Des partis furent fondés pour supprimer certains abus criants ; la Révolution française, les écrits de Karl Marx et d'autres auteurs, et la guerre civile en Amérique jouèrent tous leur rôle pour mettre en vedette l'homme du peuple. Dans tous les pays, beaucoup se décidèrent à lutter pour la liberté et leurs propres droits d'homme. Une vague compréhension de la valeur réelle du mot Humanité commença à poindre dans la conscience des hommes. Une exigence encore faible, mais passionnée, pour des temps nouveaux, vaguement pressentis, commença à influencer leur pensée. L'humanité, luttant à chaque pas, s'avançait vers un avenir meilleur.

Peu à peu, les employés et les ouvriers s'unirent pour se protéger mutuellement et acquérir leurs justes droits. Le Syndicalisme ouvrier naquit finalement avec ses armes formidables de l'éducation pour la liberté et de la grève. En grand nombre, les ouvriers s'aperçurent que l'union fait la force et qu'ensemble, ils pouvaient défier l'employeur et arracher aux capitalistes des salaires convenables, de meilleures conditions d'existence et plus de loisirs, ce qui est le droit prédestiné de chacun. Il n'entre pas dans mes intentions de décrire le développement des Unions syndicales. Le fait de leur existence, de leur pouvoir croissant, et de leur force internationale est fort connu et présente un intérêt primordial.

Dans le mouvement, des individus marquants se révélèrent parmi les chefs syndicalistes. Certains employeurs, qui avaient à coeur les intérêts de leurs ouvriers se rangèrent à leurs côtés et les épaulèrent. En minorité relativement faible, ils servirent néanmoins à affaiblir l'outrecuidance et le pouvoir de la majorité. Actuellement la lutte des ouvriers se poursuit. Leurs succès s'accroissent régulièrement. Ils réclament constamment des heures de travail réduites et un salaire supérieur et, en cas de refus, ils ont recours à la grève. L'usage de la grève, si bienfaisant et utile aux premiers jours de l'accroissement du pouvoir du travail, est en voie de devenir une tyrannie aux mains de meneurs peu scrupuleux et égoïstes. Les chefs ouvriers sont maintenant si puissants, que nombre d'entre eux en sont arrivés à une position dictatoriale, d'où ils exploitent la masse ouvrière qu'ils servaient auparavant. Le travail s'est aussi excessivement enrichi et les grandes organisations internationales ont accumulé partout d'innombrables millions. Le mouvement ouvrier lui-même est actuellement capitaliste.

Le parti ouvrier et les Syndicats ouvriers ont accompli une noble tâche. L'ouvrier a pris la place qui lui revenait dans la vie des nations et la dignité essentielle de l'homme a été mise en valeur. Sous l'influence de la Loi de l'Offre et de la Demande, qu'il ne faut pas oublier, l'humanité se fond rapidement en un grand organe corporatif. La destinée de la race et le pouvoir de prendre des décisions nationales et internationales affectant la totalité de l'humanité, est en voie de passer aux mains des masses, des classes laborieuses, et de l'homme de la rue. L'oeuvre des Syndicats ouvriers a été en fait un grand mouvement spirituel qui a causé un renouveau de l'esprit divin dans l'homme et une expression des qualités spirituelles qui lui sont inhérentes.

Pourtant, tout n'est pas parfait dans le mouvement du travail. La question se pose de savoir s'il ne lui faudrait pas une dépuration complète. L'arrivée au pouvoir de gouvernements populaires dans certains pays, la croissance de la démocratie et l'exigence de liberté, l'accession du prolétariat russe au gouvernement et le niveau éducatif supérieur de la race pourraient porter à croire que des méthodes nouvelles, meilleures et différentes devraient être utilisées pour mettre en oeuvre les Quatre Libertés et garantir de justes relations humaines. Si l'on comprend la nécessité de ces dernières entre les nations, il est évident que de telles relations devraient aussi exister entre le capital et le travail, ces deux groupes se composant d'êtres humains, et aussi entre les organisations ouvrières qui se querellent entre elles. La classe ouvrière exerce aujourd'hui une dictature et recourt aux menaces, à la crainte, et à la force pour atteindre ses fins. Nombreux sont, parmi ses chefs, les hommes puissants et ambitieux, avides d'argent, et déterminés à exercer le pouvoir. Les logis insalubres, les salaires misérables et les conditions mauvaises persistent partout, sans que ce soit toujours la faute de l'employeur.

Le pouvoir à l'avenir appartiendra aux masses. Ces masses progressent, et le simple poids de leur nombre, de leurs plans établis et de leur solidarité, qui croît rapidement entre mouvements ouvriers du monde entier, rendent leur avance impossible à arrêter. Le principal avantage de la masse ouvrière vis-à-vis du capital, c'est qu'elle agit au nom de millions innombrables, tandis que les capitalistes n'agissent qu'en faveur de quelques-uns. La condition de l'humanité repose au coeur du mouvement ouvrier.

Tiré de « Les Problèmes de l’humanité »


 

 

 

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